EQUITHERAPIE ( 5ème partie )

Publié le par Equithérapie: thérapie grâce à l'approche corporelle avec le cheval

Approche corporelle avec le cheval

Corps sensitif, corps actif, corps connu et représenté

Corps sensitif

- Le toucher, la notion d'attachement
- Le toucher, le Moi-peau
- La sensibilité proprioceptive
- Conséquences émotionnelles et affectives

Le toucher, la notion d'attachement

A cheval, différentes sensations sont perçues. A partir du toucher, l'enfant expérimente les limites de son corps et prend conscience de son enveloppe corporelle. Il s'agrippe à la crinière, enfouit son nez à la recherche de l'odeur de l'animal. Il caresse le pelage, s'allonge et s'accroche à l'encolure comme un nouveau-né le ferait avec sa mère. Il ne fait plus qu'un avec l'animal. Ces attitudes nous renvoient aux situations analogiques de la période symbiotique où le bébé n'est pas encore distinct de sa mère, et au comportement d'attachement.

La théorie d'attachement trouve sa source dans l'éthologie animale qui est l'étude biologique du comportement des animaux. On peut considérer que K. LORENZ (psychologue autrichien) en est le chef de file avec ses travaux sur l'empreinte, qui correspond à un apprentissage ultra-rapide d'un comportement par le jeune animal au cours d'une période sensible où il est particulièrement prédisposé à cet apprentissage qui va orienter son développement ultérieur.

Dans ce cadre, LORENZ s'est intéressé aux comportements de poursuite de sa mère (ou d'un substitut) par le jeune animal. Dans la même ligne, les observations de jeunes bébés singes placés dans des conditions expérimentales d'isolement social plus ou moins important par l'Américain HARLOW (éthologue) ont conduit à l'élaboration de la théorie de l'attachement social d'un jeune animal ou bébé humain.

Le besoin de contact social, d'attachement à sa mère ou à un congénère apparaît ici dégagé de toute satisfaction des besoins primaires (comme le besoin alimentaire) et est considéré comme une caractéristique innée de l'espèce.

Pour HARLOW, le besoin de contact corporel est primordial. Le besoin de corps à corps et de tendresse paraissent essentiels au bon développement de la personnalité.

Le recours aux méthodes de l'observation éthologique pour l'étude du jeune enfant est justifié par le fait qu'à cette période, l'enfant ne parle pas encore et que son comportement, essentiellement non verbal, peut être étudié de la même façon que celui des animaux.

La théorie de l'attachement humain de BOWLBY (psychiatre et psychanalyste anglais) contemporaine de celle de HARLOW sur l'attachement animal contredit la théorie freudienne en postulant l'innéité et la primauté de ce besoin social et en démontrant combien le bébé est actif dans l'établissement de ce lien. L'attachement entre le bébé et une personne correspond à la mise en œuvre de conduites destinées au maintien de la proximité des deux partenaires et vise à la rétablir quand elle est compromise.

R. ZAZZO (psychologue) précise qu' " il suppose une tendance originelle et permanente à rechercher la relation à autrui, et qu'une fois formé, l'attachement à pour nature de durer. Sa fonction à l'échelle de l'espèce est vraisemblablement une double fonction : de protection à l'égard des prédateurs et de survie, puisque le bébé humain n'est pas du tout autonome. "
A mesure que l'enfant va être capable de discriminer sa mère, il va manifester différentes angoisses, d'une part face à la séparation et aussi en présence de l'étranger. L'objectif de l'attachement est donc bien qu'il soit sécurisant. La mère doit faire en sorte de répondre aux besoins de l'enfant de manière contenue durant les premiers mois de vie, pour que progressivement, elle puisse prendre de la distance amenant ainsi l'enfant à établir d'autres relations.
" Les êtres sont plus heureux et à même de déployer le maximum de leur potentialité lorsqu'ils sont sécurisés, sont mis en confiance par la présence à leurs côtés de plusieurs personnes dont ils savent souvent qu'elles viendront à leur aide si des difficultés se présentent " (Colloque sur l'attachement, ZAZZO).

En TAC, lors de la monte à cru, au pas, on retrouve dans ces comportements les constituants de base de la communication : chaleur, bercement, douceur qui favorisent réconfort et contact. Ceci entraîne une baisse de l'anxiété. Cet état favorise l'ouverture émotionnelle spontanée, l'émergence des autres comportements d'attachement. Le thérapeute aura alors pour mission de les nommer et de leur donner un sens.

Le patient pourra remobiliser ses affects primaires à travers les différents éléments du comportement d'attachement et réaménager les fondements de sa personne. D'autre part, la mise en route des expériences fonctionnelles rétablit des liens avec la pensée ou la fantasmatisation.

Il est donc important de laisser le temps nécessaire au patient pour se reconstruire sur les bases de sa réalité intérieure. Le thérapeute l'accompagne dans son ajustement permanent au principe de réalité. Il aide à la cohérence. " La tâche humaine est de maintenir à la fois séparées et reliées l'une à l'autre les réalités intérieures et extérieures. " (WINNICOTT)


Le toucher, le Moi-peau

Anzieu définit la notion de " Moi-peau " comme : " une figuration dont le Moi de l'enfant se sert au cours des phases précoces de son développement pour se représenter lui-même comme Moi abritant les contenus psychiques, à partir de son expérience de la surface du corps. Ce " Moi-peau " ainsi dénommé apparaît donc sous la forme d'une représentation primaire et métaphorique du Moi, étayée sur la sensorialité tactile ". (" le moi-peau, Didier Anzieu, Edition Dunod, 1995 )

Le " Moi-peau " est donc pour lui, le fondement biologique du Moi. Il décrit huit fonctions de la peau sur lesquelles viennent s'appuyer ce " Moi-peau ".


La sensibilité proprioceptive

Le bercement induit par les mouvements du poney est ressentis par les patients au niveau proprioceptif. Il rappelle ce que WINNICOTT a appelé le holding, dont nous avons déjà parlé précédemment.

Le holding est donc le maintien de l'enfant effectué par sa mère, la façon dont elle va le porter. Celui-ci aura alors une adaptation tonique ; un dialogue tonique s'instaure entre l'enfant et sa mère.

Il est primordial que ces expériences soient suffisamment bonnes pour que le Moi de l'enfant se développe dans un cadre sécurisant.

Il n'est pas anodin de constater que nombreux sont les patients qui recherchent la position allongée où ils peuvent ressentir pleinement ce bercement. Ce bercement de faible amplitude crée un bien-être mais fait naître une sorte de déconnexion avec le monde extérieur qui peut aller jusqu'à l'endormissement. Il y a là peut-être, le désir profond de retrouver un état tonico-émotionnel indifférencié, sans réflexion ni conscience claire du monde extérieur.

La sensibilité proprioceptive permettant le ressenti du bercement offre l'accès à un plaisir sensori-moteur. Or, " le plaisir sensori-moteur est l'expression évidente de " l'unité " de la personnalité de l'enfant, car il crée l'union entre les sensations corporelles et les états tonico-émotionnels. Il permet la mise en jeu de la globalité. " (" La pratique psychomotrice. Rééducation et thérapie ", B.Aucouturier, I.Darrault, JL.Empinet, Collection Corps pluriel, 1987)


Conséquences émotionnelles et affectives

La sensibilité corporelle, qu'elle soit tactile ou proprioceptive, amène le patient à se construire, à s'individualiser, à se différencier de son environnement.

Cela va avoir un impact sur le développement psychoaffectif du patient puisqu'il passe par une relation avec l'animal. L'intensité des émotions et des sensations provoquées par l'approche du cheval et la mise en selle amène le patient à une confrontation avec lui-même, qui est à la fois corporelle et psychoaffective.

L'émotion est un état temporaire marqué par des modifications physiologiques. Les émotions mettent en jeu des réactions massives combinant un accroissement du niveau de vigilance (attention accrue, sens aux aguets…), des modifications végétatives (accélération du pouls, pâleur, sudation…) et des modifications neuromusculaires (augmentation ou baisse du tonus). Elles peuvent être agréables (joie, plaisir) ou désagréables (peur, agressivité).

Il faut insister sur le lien étroit qui existe entre l'émotion et le comportement tonique : toute émotion a son origine dans le domaine postural, c'est-à-dire, selon SHERRINGTON, dans toute activité tonique. Pour WALLON aussi, le tonus et les émotions sont extrêmement liés : il identifie l'émotion à l'action motrice et il donne à l'émotion une valeur organisatrice dans le développement de la personnalité du sujet.

Les principales émotions liées au contact du cheval sont la peur, le plaisir et la tendresse.

Le cheval a deux rôles dans l'émergence de la vie émotionnelle : il réveille les affects et est le lieu des projections de l'état affectif. Il les reçoit sans les interpréter et sans états d'âme.

Le thérapeute joue ici un rôle de tiers. Il repère les différentes qualités relationnelles comme par exemple soit en accordage affectif, soit paradoxale. Il aide, si besoin, à la relation cohérente et satisfaisante pour tous.

 

 


Corps actif

- Les fonctions psychomotrices mises en jeu
- Conséquences

Au contact du poney, les patients sont amenés à devenir acteur, pour cela, les différentes fonctions psychomotrices sont mises en jeu. Cette participation active aura pour conséquences positives d'une part un développement et une amélioration des fonctions psychomotrices, mais également un développement de la relation à l'autre, de la socialisation, de l'attention et de la concentration liées à la communication corporelle qui s'instaure entre le patient et le poney.

Les fonctions psychomotrices mises en jeu

Le cheval se révèle un excellent médiateur permettant de très bonnes améliorations dans différents domaines psychomoteurs tels que l'équilibre, les praxies, la coordination, la dissociation, le rythme, l'espace, le tonus et la respiration.

- L'équilibre

L'équilibration est le résultat fonctionnel assuré par le jeu normal, coordonné et intégré d'un ensemble de dispositifs nerveux par lequel, soit à l'état statique, soit à l'état dynamique, le sujet assume sans menace de perdre l'équilibre, la posture commandée par les exigences du moment.

- Les praxies

Les praxies sont définies comme l'organisation des conduites motrices dont la mise en œuvre aboutit à la réalisation d'une tâche motrice ; il s'agit donc d'un comportement moteur. Mises en jeu dans les actes volontaires, elles nécessitent le contrôle des différents gestes qui les composent.

- La coordination

La coordination est définie comme la combinaison des contractions musculaires dans un ordre rigoureux, nécessaire pour atteindre le but recherché.

- La dissociation

La dissociation consiste à exécuter des mouvements de nature différente entre deux éléments corporels. Elle nécessite une bonne coordination et une rupture des automatismes.

- La structuration spatiale

La notion d'espace s'acquiert à partir des diverses perceptions qui nous font appréhender le monde extérieur et notre propre corps. Ainsi, les informations visuelles, auditives, tactiles, proprioceptives, vestibulaires nous aident à percevoir et à construire l'espace. Elles nous font prendre conscience entre autres du rapprochement ou de l'éloignement des objets, des personnes, mais aussi, de la situation, de l'orientation, des déplacements de notre corps dans l'espace environnant.

Nous pouvons donc définir la structuration spatiale comme étant :
" la capacité du sujet à se situer, à s'orienter, à se déplacer dans son environnement,
la capacité à se situer, à orienter, à déplacer ou à concevoir les choses du monde proche ou lointain,
la possibilité du sujet à construire un monde réel ou imaginaire. " (" La psychomotricité au service de l'enfant ", B. de Lièvre et L.Staes, Edition Belin, 1993)

- La structuration temporelle

" La structuration temporelle est la capacité à percevoir et à ajuster son action aux différentes composantes du temps que sont l'ordre, la succession, la durée, l'intervalle, la vitesse, la périodicité, l'irréversibilité et le rythme.
C'est aussi la capacité à se situer et à s'orienter dans le temps, pris comme une succession linéaire irréversible.
C'est enfin la capacité à s'organiser dans le temps en combinant divers éléments afin d'obtenir un objectif temporel. " (" La psychomotricité au service de l'enfant ", B. de Lièvre et L. Staes, Edition Belin, 1993)

- Le tonus

" Le tonus est l'état de tension légère, permanente et involontaire des muscles striés.
Il assure le maintien d'une position et varie selon les informations reçues grâce au sens kinesthésique, il peut varier aussi en fonction du vécu émotionnel. " (" La psychomotricité au service de l'enfant ", B. de Lièvre et L. Staes, Edition Belin, 1993)

- La respiration

La respiration est l'une des fonctions végétatives les plus importantes. Elle est un automatisme acquis dès les premières secondes de la vie.

Conséquences

C'est par le mouvement que le jeune enfant traduit sa vie psychique toute entière. A travers les manifestations motrices, qui sont des besoins organiques mais qui constituent aussi les premiers moyens de communication avec l'entourage, l'enfant va développer ses capacités.

La TAC offre un milieu stimulant dans lequel les patients sont placés en situation d'être acteur. Il leur est possible de mettre en jeu et d'améliorer, tant leur socialisation et leurs relations aux autres, que l'efficience de leurs fonctions cognitives que sont l'attention, la concentration et la mémoire.

 

 

Corps connu, représenté

- Le schéma corporel et l'image du corps
- Conséquences

Le schéma corporel et l'image du corps

" Le schéma corporel est la connaissance que l'on a de soi en tant qu'être corporel, c'est-à-dire :

- nos limites dans l'espace (morphologie) ;
- nos possibilités motrices (rapidité, souplesse…) ;
- nos possibilités d'expression à travers le corps (attitudes, mimiques) ;
- les perceptions des différentes parties de notre corps ;
- le niveau verbal des différents éléments corporels ;
- les possibilités de représentation que nous avons de notre corps (au point de vue mental ou au point de vue graphique). (" La psychomotricité au service de l'enfant ", B. de Lièvre et L. Staes, Edition Belin, 1993)

Il n'est pas à concevoir comme une image visuelle puisqu'il combine la connaissance des limites corporelles, des différentes parties du corps et des possibilités motrices. Il constitue plutôt une base de données, propre à chaque individu, qui lui permet d'agir et de percevoir dans un cadre de référence : son propre corps, distinct de l'espace extérieur.

Il s'élabore au travers des perceptions que l'enfant reçoit de son corps (par la sensibilité proprioceptive) et du monde extérieur (par la sensibilité extéroceptive). La multiplicité des sensations et des expériences motrices est primordiale à l'acquisition du schéma corporel.

Lors du contact du patient avec le cheval, toutes les sensations et proprioceptions sont exercées. Cela favorise la prise de conscience de soi par rapport au cheval. Le patient est amené à prendre conscience de son corps propre par rapport au cheval puis, par extension, par rapport au monde, aux personnes et aux objets qui l'entourent. En percevant ses propres limites, il s'individualise et se différencie de son environnement.

Durant les séances, les patients sont amenés à mobiliser les différentes parties de leur corps, ces expériences motrices sont également favorables à l'élaboration du schéma corporel.

La psychomotricienne est amenée à corriger la position des patients sur leur poney. En leur disant : " recule tes épaules ", " baisse tes talons ", " avance tes mains sur les rênes "…, la psychomotricienne aide les patients à intégrer les différentes parties de leur corps. Si les notions ne sont pas acquises, la psychomotricienne peut accentuer sa prise en charge sur ce domaine. Ainsi, par exemple, en demandant quelles sont les parties du corps en contact avec le cheval…

De même, la connaissance du corps du cheval, sa description, la nomination de ses différentes parties, peuvent aider à la connaissance de son propre corps. Le pansage peut être l'occasion d'une telle description. On peut, par exemple, demander au patient de nommer les parties du corps du poney où il brosse, puis de les montrer sur lui.

A poney, les patients vont également être amenés à prendre conscience de leur axe corporel et de la position des segments par rapport à cet axe. Afin que leurs gestes et leurs postures soient les plus efficients, ils doivent répartir leur poids de façon adéquate.


Conséquences

Sentir et mouvoir son corps permet, comme nous l'avons vu ci-dessus, l'élaboration du schéma corporel et de l'image du corps. Ceux-ci permettent le sentiment d'identité. Cette identité va pouvoir être enrichie en TAC d'une valorisation de soi et d'une maîtrise de soi.

Ces deux notions sont importantes pour pouvoir être soi-même, avoir une image positive de soi. En effet, " s'imposer comme " sujet " face à autrui, mener à bien sa réalisation, sous-entend de pouvoir se confronter aux autres et à la réalité. Cela suppose une certaine intégrité acquise, une certaine cohérence éprouvée, permettant de supporter sans menace excessive, le risque, l'échec ou la contradiction ; permettant en un mot d'" oser être ". (" Psychomotricité, le " plaisir " d'être comme thérapie ", H. Bucher, Collection Psychothérapies corporelles, 1995)

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Publié dans le Handicap

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